Recueils de témoignages

Dans le cadre du projet Premières Fois, les artistes de la compagnie LOGOS sont allés la rencontre de personnes pour échanger avec elles, et rappeler les souvenirs qui restent de ces moments de vie. Depuis 2019, c'est plus d'une centaine de témoignages qui ont été recueillis à partir de questions articulées autour des choix, de la responsabilité, de la liberté, de la conscience des cadres de vie.
Nous partageons ces récits de vie à l’auteure Françoise DÔ pour l'écriture d'un texte, qui sera la future création de la compagnie LOGOS.
Pour recueillir les témoignages, nous sommes allés ici :
France Harol (88) - Nancy (54) - Joeuf (54) - Homécourt (54) - Mouroux (77) - Vagney (88)
Côte d’Ivoire Adiaké - Abidjan
Burkina Faso Ouagadougou
Remerciements à Souleymane SOW, Adèle BADOLO, Stéphane BALOURI et à tous les participants rencontrés lors de ces recueils de récits de vies

Que vous évoquent les premières fois ?
– Propos recueillis à l'oral dans la commune de Harol (88) –




Quand avez-vous dit non pour la première fois ?
– Propos recueillis à l’écrit et à l’oral –

– Il s'agit sûrement du troisième mot que j'ai émis.
Il est fort, imposant et parfois provocateur. Il s'oppose à “oui” il est fort utile.
En tout cas je ne peux pas me souvenir de cette première fois.
Je dois être à des milliards de fois depuis que je l’ai prononcé : NON

– La première fois que j'ai dit non à ma mère, je m'en souviens. Elle m'avait demandé d'aller chercher du fil car elle recousait des vêtements. Elle me l'avait demandé en disant s'il te plaît. Mais moi, ça ne me plaisait pas d'aller chercher sa bobine et je lui ai répondu que ça ne me plaisait pas. Elle m'a regardé et n'a rien dit. Je suis partie dans ma chambre et j'étais gênée de ma réponse. Je suis revenue une heure plus tard et sa remarque a simplement été de me dire que cela l'aurait aidée. Moi j'ai eu honte. J'avais 6 ou 7 ans mais cela est resté gravé dans ma mémoire.

–La première fois où j'ai dit non pour une chose super importante à mes yeux c'est quand j'ai dit Non au garçon avec qui je sortais à l'époque, je devais avoir 17 ou 18 ans quand il m'a proposé de fumer un joint. Sur le coup il a du me prendre pour une fille trop sérieuse et notre relation s'est subitement interrompue. Mais pour moi j'avais réussi à dire Non et qui sait si j'avais accepté ou ça m'aurait mené.

Quand avez-vous pensé à l'avenir pour la première fois ?
– Propos recueillis à l’écrit et à l’oral –

La Première fois que j’ai pensé à l’avenir. Cours Préparatoire : « Travaille bien car tu travailles pour ton avenir mon gamin » disait mon père. C’était en 1962, à peu près. Début de l’école, de la compétition.

La Première fois que j'ai pensé à l'avenir je devais être assez jeune. Un âge où je n'avais pas encore expérimenté l’échec, celui qui remet en question notre valeur, nos capacités, l’image qu’on renvoie aux autres. J'avais une sensation de force sans en avoir conscience. Je pensais tout pouvoir faire et surtout je pensais que je ne me laisserais pas atteindre par des expériences négatives. Donc pour en revenir au fait, la première fois que j'ai pensé à l'avenir, voyageuse aventurière, voyageuse et chercheuse à la fois partie au coin du monde conciliant tous les aspects de ma vie qui me sont chers : nouvelles rencontres culturelles, amis, repère de toujours, prise de risques et réussir à savourer les moments simples.

La première fois que j'ai pensé à l'avenir, c'est lorsque j'ai pris conscience de la mort. Alors j'ai pensé à la vie et je me suis mis à rêver et je rêve encore et encore. Présenté naïvement on sait que on en est pas là dans les faits, en tout cas pas pour tout le monde..

Quand avez-vous vu votre corps changer pour la première fois ?
– Propos recueillis à l’écrit et à l’oral –

Quand êtes-vous parti(e)s pour la premières fois ?
– Propos recueillis à l’écrit et à l’oral –

Je n'ai pas pensé à mes vacances en colonie de vacances ou mon premier week-end à l'étranger. J'ai pensé en premier lieu à la fois où je suis partie du domicile parentale pour vivre seule à Nancy pour y faire mes études. Peut-être car il s'agissait d'un départ sans retour. Je viens d'un village situé à une heure de toute grande ville et quitter la campagne pour une vie citadine et universitaire a été un réel épanouissement. La découverte de nouveaux lieux, de nouvelles personnes, l'autonomie et l'indépendance (ou presque) étaient ce que j'avais attendu pendant toute mon adolescence.

J’étais ado, quand je suis partie de la maison parentale pour la première fois. Auparavant toujours enfant sage (ou presque) et obéissante. Mais la, s’en était trop : mes parents voulaient m’obliger à manger des haricots pleins de fils !!! Et pour moi, c’était réellement impossible. Il y avait urgence, il fallait que cela cesse, mes paroles étant sans poids. Ni une, ni deux, j’ai quitté la table, excédée, incomprise et vomissante. J’ai claqué la porte, pour me réfugier dans notre petite cabane d’enfant au fond du pré. Mon petit frère compatissant m’y a rejoint pour me consoler. A l’heure d’aujourd’hui je ne regrette rien ! Je leur ai fait comprendre que je ne pensais pas comme eux ! Même si ma « cachette » n’a pas été aussi brutale que je l’imaginais (pour eux). Mais moi, j’avais franchi mon étape ! Ensuite, la communication, même osée a été préférable.

Je devais avoir à peine dix ans lorsque mes parents m'ont envoyée en colonie de vacances pour Pâques. La liste des vêtements collée à l'intérieur de la valise largement renseignée par ma mère. Elle avait peur que je manque et avait doublé la quantité de sous-vêtements ! Information qui, lors du traditionnel inventaire, n'avait pas échappé à mes voisines de "dortoir" ! Un premier séjour avec cette étiquette sur le front...pas facile les premiers pas dans la collectivité !

Quand avez-vous décidé de vous opposer à une règle pour la première fois ?
– Propos recueillis à l’écrit et à l’oral –

Alors, il avait 12-13ans, il était au ski comme toujours. Ses parents sont venu le chercher en fin d'après midi. Il devait être 16:30, donc il a dit qu'il faisait encore une descente. Donc il prend le remonte monte mais il tombe à mi chemin. Normalement dans ces cas la, tu redescend en longeant le remonte pente, mais la, il a décidé de faire du hors piste pour rejoindre la piste de l'autre côté. Il y va, mais la, dans les congères, il tombe dans une rivière. Il se retrouve la tête en bas, dans l'eau et les pieds avec les skis en l'air. Impossible de se redresser. Et avec les ski de l'époque, impossible de les enlever. Du coup il appelle à l'aide et une femme l'entend et vient l'aider et le ramène à ses parents qui étaient prêt à appeler les secours parce qu'il mettait trop de temps à redescendre. Moralité, les règles de montagne c'est quand c'est fini, c'est fini, faut pas pousser plus. On ne fait pas de hors piste, seul, le soir, surtout quand on est enfant. Et bah il s'est opposé à tout ça.

Je devais avoir 11-12 ans. C'était pas vraiment une règle mais c'était une consigne de mes parents. Mais c'est mon premier souvenir de désobéissance. Donc à 11-12ans, j'avais les cheveux longs et lisses, et ma mère aimait me coiffer, comme toutes les mamans avec leurs filles. Elle m'avait fait une tresse "française", c'est une tresse qui part du haut de la tête, bien collée au crane et qui descend jusqu'en bas des cheveux. Elle me faisait cette coiffure quand j'allais jouer dehors, pour éviter que des feuilles ou autres s'accrochent dans mes cheveux. C'était pratique pour jouer, mais à 11-12 ans, on commence à faire plus attention à son apparence et je détestais cette coiffure pour aller à l'école. Je trouvais qu'elle me faisait une tête de rat. Donc ce jour la, ma mère m'oblige à garder cette coiffure pour aller au collège, malgré mes nombreuses protestations. Une fois arrivée au collège, je passe la grille et je m'empresse de défaire ma tresse. "Mon élastique à casser" ou "on m'a enlever mon élastique, j'ai pas réussi à le remettre", j'avais déjà réfléchi à mes arguments pour expliquer la disparition de ma tresse. Après ça je me sentais étrangement rebelle, comme si changer ma coiffure marquait le début de mon adolescence rebelle. Par contre, je n'avais pas pensé que ma mère travaillant dans mon collège, elle allait vite s'apercevoir que je lui avais désobéi. J'ai beau essayé de me cacher derrière mes copines, elle m'a vu, et mes arguments si bien préparé n'ont pas servi à grand chose.

Ce n’est pas une règle affirmée ou écrite, mais plutôt une règle tacite dans notre société et dont on ne se rend pas toujours compte, dont on a pas toujours conscience. J’étais au collège quand j’ai remarqué que c’était souvent les garçons qui se permettaient de faire des blagues en classe, qui prenaient la parole aisément pour amuser les autres. J’ai toujours aimé rire, et je n’ai jamais eu trop de mal à prendre la parole ou à être visible. A un moment je me souviens avoir pensé : « pourquoi je devrais attendre que les mecs fassent cette vanne alors que je l’ai déjà en tête et qu’elle me fait marrer ? ». J’avais conscientisé que ça devait sûrement être une histoire de genre, car aucune fille (ou seulement celles qui étaient considérées comme des « bonhommes ») ne prenait jamais cette place-là, celle de la personne qui se met en avant, qui fait des blagues haut et fort. J’ai donc choisi de ne pas laisser mes blagues juste pour moi et d’en faire profiter tout le monde, comme le faisaient les garçons.

Pour vous, qu’est-ce que l’émerveillement ?
– Propos recueillis à l’écrit

L'émerveillement c'est être face à quelque chose d'extraordinaire, hors du commun, qui nous transporte ailleurs...

L’émerveillement, c’est un moment éphémère où plus rien d’autre n’existe que nous et cette chose qui nous éblouit. Le temps s’arrête, ou semble ne plus exister. Nous ne cherchons pas à comprendre pourquoi. Nous somme là, tout simplement. Et lorsque cet émerveillement se termine, il ne nous reste seulement que son souvenir, sa saveur et notre perpétuel espoir de le retrouver à nouveau.

Qu'est ce que l'émerveillement pour moi ? Difficile d'en donner une définition, mais si je devais me prêter au jeu, je dirais que l'émerveillement c'est ce moment qui suit la découverte, où ce que tu es sur le point de vivre surpasse toutes tes attentes, où tu te retrouves sans voix face à ce qui se trouve face à toi, et où la seule chose que tu puisses arriver à faire, c'est profiter de ce moment de grâce qui t'es accordé et apprécier l'instant présent. C'est l'état que je retiens, plus qu'une émotion, un état de béatitude complète.